Urgence aux Baumettes : recommandations du Contrôleur, réponses de la ministre

Le contrôleur général des lieux de privation de liberté, Jean-Marie Delarue, a publié ce matin au Journal officiel, ses « recommandations urgentes » pour les Baumettes, centre pénitentiaire marseillais. Quatre page accablantes, accompagnées des réponses de Christiane Taubira, Garde des Sceaux (à lire ici). A l’occasion de cette procédure exceptionnelle, Libération a demandé à un détenu et un surveillant des Baumettes de raconter leur quotidien dans cette prison dégueulasse Leurs propos reproduits en verbatim (à lire en zone abonné, ou dans le journal) illustrent et confirment le travail des vingt contrôleurs pendant deux semaines (lire papier de lundi). Un contrôle dont on ressort avec un tableau inquiétant, et quelques observations intéressantes…

 

Sur 98 cellules contrôlées aux Baumettes (sur un total de 1050), seuls 9 n’appelaient « aucune observation sérieuse », note le Contrôleur, dont les recommandations détaillent les problèmes d’hygiène (rats, cafards). De sur-occupation (145, 80 %). De sécurité (violence dans les cours de promenade, cellules sans interphone, oeilletons sans protection). De crédits en chute libre pour la maintenance (- 26% en deux ans) et l’hygiène (-58%). De fuites (d’eau, pas de détenus). D’activités et d’ateliers professionnels réduits. De désorganisation des cantines. D’affectations de cellules gérées dégradées comme sanction. Etc. Lire le rapport, ce sera plus complet.

Concernant la sur-occupation, le Contrôleur général souligne un point intéressant. Les Baumettes, bien qu’en sur-effectif, accueillent régulièrement des personnes qui font l’objet de mesures de désencombrement des maisons d’arrêt des environ. Pourquoi ? Parce que, lorsque ces établissements sont en sous gestion déléguée au privé, il faut payer des pénalités en cas de surcroit d’occcupation. On évite. Et on entasse aux Baumettes : c’est gratuit.

 

Autre point très intéressant, situé vers la fin des observation,la « souplesse » dont font preuve certains des surveillants dans leurs relations avec les détenus, et vis-à-vis du « marché » (comprendre l’économie parallèle). On observe souvent cela dans les prisons très dégradées, qui obligent à composer, pour éviter l’explosion. Mais cela génère des tensions entre surveillants plus ou moins souples. Et cela peut, aussi, conduire à une logique de caïdat lorsque les surveillants se montre surtout souple avec ceux qui peuvent les aider à « tenir » leur étage. C’est notamment ce qu’expose le surveillant dont Libé publie le témoignage ce matin.

 

Dans ses réponses aux recommandations, Christiane Taubira détaille les travaux de restructuration très lourds qui ont été engagés aux Baumettes, avec pour horizon 2017. Elle énonce les crédits alloués pour « le maintien en condition opérationnelle » du site, la dératisation, l’étanchéité des toitures, la pose de cloisons d’intimité, etc. Elle indique aussi qu’elle a demandé un audit sur la sécurité dans les cours de promenade de l’établissement, et l’accélération de la révision des effectifs, qui était prévu en début d’année, afin de « réajuster les moyens humains ». Enfin, au sujet de la « souplesse » dont font preuve certains surveillants vis-à-vis du « marché » parallèle, elle a « demandé au directeur interrégional des services pénitentiaires de lancer une expertise sur ce point » et « d’autres modalités d’investigation sont à l’étude ».

 

Peut-être serait-il également utile que la Garde des Sceaux, au-delà des rapports et réponses apportés par son admnistration, vienne se faire une idée elle-même de la situation dans cet établissement qui ne ressemble à aucun autre. Du moins aucun établissement pénitentiaire français au XXIe siècle.

 

Olivier Bertrand

source : Libération.fr
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